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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/531

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car il est à propos quelquefois que l’Etat encourage & protege des professions déshonorantes mais utiles, sans que ceux qui les exercent en doivent être plus considérés pour cela.

J’ai lu quelque part que ces flétrissures etoient moins imposées à de vrais Comédiens qu’à des Histrions & Farceurs qui souilloient leurs jeux d’indécence & d’obscénités ; mais cette distinction est insoutenable : car les mots de Comédien & d’Histrion etoient parfaitement synonymes, & n’avoient d’autre différence, sinon que’l’un étoit Grec & l’autre Etrusque. Ciceron, dans le livre de l’Orateur, appelle Histrions les deux plus grands Acteurs qu’ait jamais eu Rome, Esope & Roscius ; dans son plaidoyer pour ce dernier, il plaint un si honnête-homme d’exercer un métier si peu honnête. Loin de distinguer entre les Comédiens, Histrions & Farceurs, ni entre les Acteurs des Tragédies & ceux des Comédies, la loi couvre indistinctement du même opprobre tous ceux qui montent sur le Théâtre. Quisquis in Scenam prodierit, ait Praextor, infamis est. Il est vrai, seulement, que cet opprobre tomboit moins fur la représentation même, que sur l’etat où l’on en faisoit métier : puisque la Jeunesse de Rome représentoit publiquement, à la fin des grandes Pieces, les Attellanes ou Exodes, sans déshonneur. À cela près, on voit dans mille endroits que tous les Comédiens indifféremment etoient esclaves, & traites comme tels, quand le public n’étoit pas content d’eux.

Je ne sache qu’un seul Peuple qui n’ait pas eu la-dessus les maximes de tous les autres, ce sont les Grecs. Il est certain