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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/521

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lui-même & de pardonner à son ennemi, en ménageant cette maxime avec art, on la peut substituer insensiblement au féroce préjuge qu’elle attaque ; mais il n’en est pas de même, quand l’honneur des gens auxquels le notre est lie se trouve attaque ; des-lors il n’y a plus d’accommodement possible. Si mon pere a reçu un soufflet, si ma sœur, ma femme, ou ma mairesse et insultée, conserverai-je mon honneur en faisant bon marche du leur ? Il n’y a ni Maréchaux, ni satisfaction qui suffisent, il faut que je les venge ou que je me déshonore ; les édits ne me laissent que le choix du supplice ou de l’infamie. Pour citer un exemple qui se rapporte à mon sujet, n’est-ce pas un concert bien entendu entre l’esprit de la Scene & celui des loix, qu’on aille applaudir au Théâtre ce même Cid qu’on iroit voir pendre à la Grève ?

Ainsi l’on a beau faire ; ni la raison, ni la vertu, ni les loix ne vaincront l’opinion publique, tant qu’on ne trouvera pas l’art de la changer. Encore une fois, cet art ne tient point à la violence. Les moyens établis ne serviroient, s’ils étoient pratiques, qu’a punir les braves gens & sauver les lâches ; mais heureusement ils sont trop absurdes pour pouvoir être employés, & n’ont servi qu’a faire changer de noms aux duels. Comment faloit-il donc s’y prendre ? II saloit, ce me semble, soumettre absolument les combats particuliers à la jurisdiction des Maréchaux, soit pour les juger, soit pour les prévenir, soit même pour les permettre. Non-seulement il faloit leur laisser le droit d’accorder le champ quand ils le jugeroient à propos ; mais il étoit important qu’ils usassent quelquefois de ce droit, ne fut-ce que