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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/510

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qu’il a bâtie lui-même, s’occupe de mille travaux amusans, qui chassent l’ennui de son asyle, & ajoutent à son bien-être. Jamais Menuisier, Serrurier, Vitrier, Tourneur de profession n’entra dans le pays ; tous le sont pour eux-mêmes, aucun ne l’est pour autrui ; dans la multitude de meubles commodes & même élégans qui composent leur ménage & parent leur logement, on n’en voit pas un qui n’ait été fait de la main du maître. Il leur reste encore du loisir pour inventer & faire mille instrumens divers, d’acier, de bois, de carton, qu’ils vendent aux étrangers, dont plusieurs même parviennent jusqu’a Paris, entre autres ces petites horloges de bois qu’on y voit depuis quelques années. Ils en sont aussi de fer, ils font même des montres ; &, ce qui paroit incroyable, chacun réunit à lui seul toutes les professions diverses dans lesquelles se subdivise l’horlogerie, & fait tous ses outils lui-même.

Ce n’est pas tout : ils ont des livres utiles & sont passablement instruits ; ils raisonnent sensément de toutes choses, & de plusieurs avec esprit. *

[* Je puis citer en exemple un homme de mérite, bien connu dans Paris, & plus d’une fois honore des suffrages de l’Académie des Sciences. C’est M. Rivaz, célébré Valaisan. Je sais bien qu’il n’a pas beaucoup d’égaux parmi ses compatriotes ; mais enfin c’est en vivant comme eux, qu’il apprit à les surpasser.] Ils font des siphons, des aimans, des lunettes, des pompes, des baromètres, des chambres noires ; leurs tapisseries sont des multitudes d’instrumens de toute espece ; vous prendriez le poêle d’un Paysan pour un attelier de mécanique & pour un cabinet de physique expérimentale. Tous savent un peu dessiner, peindre, chiffrer ; la