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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/506

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Quand les amusemens sont indifferens par leur nature, (& je veux bien pour un moment considérer les Spectacles comme tels, ) c’est la nature des occupations qu’ils rompent qui les fait juger bons ou mauvais ; sur-tout lorsqu’ils sont assez vifs pour devenir des occupations eux-mêmes, & substituer leur goût à celui du travail. La raison veut qu’on favorite les amusemens des gens dont les occupations sont nuisibles, & qu’on détourne des mêmes amusemens ceux dont les occupations sont utiles. Une autre considération générale est-qu’il n’est pas bon de laisser à des hommes oisifs & corrompus le choix de leurs amusemens, de peur qu’ils ne les imaginent conformes à leurs inclinations vicieuses, & ne deviennent aussi malfaisans dans leurs plaisirs que dans leurs affaires. Mais laissez un peuple simple & laborieux se délasser de tes travaux, quand & comme il lui plaît ; jamais il n’est a craindre qu’il abuse de cette & l’on ne doit point se tourmenter à lui chercher des divertissemens agréables : car, comme il faut peu d’apprêts aux mets que l’abstinence & la faim assaisonnent, il n’en faut pas, non plus, beaucoup aux plaisirs de gens épuises de fatigue, pour qui le repos seul en est un très-doux. Dans une grande ville, pleine de gens intrigans, désoeuvrés, sans Religion, sans principes, dont l’imagination dépravé par l’oisiveté, la fainéantise, par l’amour du plaisir & par de grands besoins, n’engendre que des monstres & n’inspire que des forfaits ; dans une grande ville où les mœurs & l’honneur ne sont rien, parce que chacun, dérobant aisément sa conduite aux yeux du public, ne se montre que par son crédit