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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/490

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est, & tout y est applaudi. Le mort s’étant avise de renaître, au grand déplaisir de son cher neveu, & ne voulant point ratifier ce qui s’est fait en son nom, on trouve le moyen d’arracher son consentement de force, & tout se termine au gré des Auteurs & des Spectateurs, qui, s’intéressant malgré eux à ces misérables, sortent de la Piece avec cet édifiant souvenir, d’avoir été dans le fond de leurs cœurs, complices des crimes qu’ils ont vu commettre.

Osons le dire fans détour. Qui de nous est assez sûr de lui pour supporter la représentation d’une pareille Comédie, sans être de moitié des tours qui s’y jouent ? Qui ne seroit pas un peu flâché si le filou venoit à être surpris ou manquer son coup ? Qui ne devient pas un moment filou soi-même en s’intéressant pour lui ? Car s’intéresser pour quelqu’un qu’est-ce autre chose que se mettre à sa place ? Belle instruction pour la jeunesse que celle où les hommes faits ont bien de la peine a se garantir de la séduction du vice ! Est-ci à dire qu’il ne soit jamais permis d’exposer au Théâtre des actions blâmables ? Non : mais en vérité, pour savoir mettre un fripon sur la Scene, il faut un Auteur bien honnête-homme.

Ces défauts sont tellement inhérens à notre Théâtre, qu’en voulant les en ôter, on le défigure. Nos Auteurs modernes, guidés par de meilleures intentions, font des Pieces plus épurées ; mais aussi qu’arrive-t-il ? Qu’elle n’ont plus de vrai comique & ne produisent aucun effet. Elles instruisent beaucoup, si l’on veut : mais elles ennuient en davantage. Autant vaudroit aller au Sermon.

Dans cette décadence du Théâtre, on se voit contraint