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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/467

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qu’a égard l’objet est rempli quand on s’intéresse pour l’infortune vertueux, plus que pour l’heureux coupable : ce qui n’empêche point qu’alors la prétendue regle ne soit violée. Comme il n’y a personne qui n’aimât mieux être Britannicus que Neron, je conviens qu’on doit compter en ceci pour bonne la Piece qui les représente, quoique Britannicus y périsse. Mais par le même principe, quel jugement porterons-nous d’une Tragédie ou, bien que les criminels soient punis, ils nous sont présentés sous un aspect si favorable que tout l’intérêt est pour eux ? Où Caton, le plus grand des humains, fait le rôle d’un pédant où Ciceron, le sauveur de la République, Ciceron, de tous ceux qui porterent nom de peres de la patrie, le premier qui en fut honore & le seul qui le mérita, nous est montre comme un vil Rhéteur, un lâche ; tandis que l’infame Catilina, couvert de crimes qu’on n’oseroit nommer, prêt d’égorger tous ses magistrats, & de réduire sa patrie en cendres, fait le rôle d’un grand homme & réunit, par ses talens, sa fermeté, son courage, toute l’estime des Spectateurs Qu’il eut, si l’on veut, une ame forte, en étoit il moins un scélérat détestable, & faloit-il donner aux forfaits d’un brigand le coloris des exploits d’un héros à quoi donc aboutit la morale d’une pareille Piece, si ce n’est à encourager des Catalina, & à donner aux mechans habiles le prix de l’estime publique due aux gens de bien Mais tel est le goût qu’il faut flatter sur la Scene ; telles sont les mœurs d’un siecle instruit. Le savoir, l’esprit, le courage ont seuls notre admiration ; & toi, douce & rnodeste Vertu, tu restes toujours sans