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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/453

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combats, des passions atroces. Un Peuple voluptueux veut de la musique & des danses. Un Peuple galant veut de l’amour de la politesse. Un Peuple badin veut de la plaisanterie & du ridicule. Trahit sua quelque voluptas. Il faut, pour leur plaire, des Spectacles qui favorisent leurs penchans, au lieu qu’il en faudroit qui les modérassent.

La Scene, en général, est un tableau des passions humaines, dont l’original est dans tous les cœurs. : mais si le Peintre n’avoit soin de flatter ces passions, les Spectateurs seroient bientôt rebutes, & ne voudroient plus se voir sous un aspect qui les fit mépriser d’eux-mêmes. Que s’il donne à quelques-unes des couleurs odieuses, c’est seulement à celles qui ne sont point générales, & qu’on hait, naturellement. Ainsi l’Auteur ne fait encore en cela que suivre le sentiment du public ; & alors ces passions de rebut font toujours employées à en faire valoir d’autres, sinon plus légitimes, du moins plus au gré des Spectateurs. Il n’y a que la raison qui ne soit bonne a rien sur la Scene. Un homme sans passions, ou qui les domineroit toujours, n’y sauroit intéresser personne ; & l’on a déjà remarque qu’un StoÏcien dans la Tragédie, seroit un personnage insupportable : dans la Comédie, il feroit rire, tout au plus.

Qu’on n’attribue donc pas au Théâtre le pouvoir de changer des sentimens ni des mœurs qu’il ne peut que suivre & embellir. Un Auteur qui voudroit heurter le goût général, composeroit bientôt pour lui-seul. Quand Moliere corrigea la Scene comique, il attaqua des modes, des ridicules ; mais