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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/421

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avec confiance que tout le monde est de leur avis sur ce point. Je doute fort, toutefois, que cet avis soit le vôtre, & je suis sûr au moins qu’il n’est pas celui des Représentans.

Que l’intérêt particulier ne me rende point injuste. C’est de tous nos penchans celui contre lequel je me tiens le plus en garde, & auquel j’espère avoir le mieux résisté. Votre Magistrat est équitable dans les choses indifférentes, je le crois porté même à l’être toujours ; ses places sont peu lucratives ; il rend la justice & ne la vend point ; il est personnellement intègre, désintéressé, & je sais que dans ce Conseil si despotique, il règne encore de la droiture & des vertus. En vous montrant les conséquences du droit négatif, je vous ai moins dit ce qu’ils feront, devenus Souverains, que ce qu’ils continueront à faire pour l’être. Une fois reconnus tels, leur intérêt sera d’être toujours justes, & il l’est dès aujourd’hui d’être justes le plus souvent : mais malheur à quiconque osera recourir aux Loix encore, & réclamer la liberté ! C’est contre ces infortunés que tout devient permis, légitime. L’équité, la vertu, l’intérêt même ne tiennent point devant l’amour de la domination ; & celui qui sera juste, étant le maître, n’épargne aucune injustice pour le devenir.

Le vrai chemin de la tyrannie n’est point d’attaquer directement le bien public ; ce seroit réveiller tout le monde pour le défendre : mais c’est d’attaquer successivement tous ses défenseurs, & d’effrayer quiconque oseroit encore aspirer à l’être. Persuadez à tous que l’intérêt publie n’est celui de personne, & par cela seul la servitude est établie ; car quand chacun sera sous le joug, où sera la liberté commune ? Si quiconque ose