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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/408

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on la renouvelle encore :*

[*Et à quelle occasion ! Voilà une inquisition d’Etat à faire frémir. Est-il concevable que dans un Pays libre on punisse criminellement un Citoyen pour avoir, dans une lettre à un autre Citoyen non imprimée, raisonné en termes décens & mesurés sur la conduite du Magistrat envers un troisieme Citoyen ? Trouvez-vous des exemples de violences pareilles dans les Gouvernemens les plus absolus ? À la retraite de M. de Silhouette, je lui écrivis une lettre qui courut Paris. Cette Lettre étoit d’une hardiesse que je ne trouve pas moi-même exempte de blâme ; c’est peut-être la seule chose répréhensible que j’aie écrite en ma vie. Cependant, m’a-t-on dit le moindre mot à ce sujet ? On n’y a pas même songé. En France on punit les libelles ; on fait très-bien : mais on laisse aux Particuliers une liberté honnête de raisonner entre eux sur les affaires publiques, & il est inouÏ qu’on ait cherché querelle à quelqu’un pour avoir, dans des lettres restées manuscrites, dit son avis, sans satire & sans invective, sur ce qui se fait dans les Tribunaux. Après avoir tant aimé le Gouvernement républicain, faudra-t-il changer de sentiment dans ma vieillesse, & trouver enfin qu’il y a plus de véritable liberté dans les Monarchies que dans nos Républiques ?] les Citoyens se plaignent enfin l’année suivante. Le Conseil répond : vous venez trop tard ; l’usage est établi.

En Juin 1762, un citoyen, que le Conseil avoit pris en haine, est flétri dans ses Livre s, & personnellement décrété contre l’Edit le plus formel. Ses parens étonnés demandent, par requête, communication du décret : elle leur est refusée, & tout se tait. Au bout d’un an d’attente, le Citoyen flétri, voyant que nul ne proteste, renonce à son droit de Cité. La Bourgeoisie ouvre enfin les yeux, & réclame contre la violation de la Loi : il n’étoit plus tems.

Un fait plus mémorable par son espèce, quoiqu’il ne s’agisse que d’une bagatelle, est celui du Sieur Bardin. Un Libraire commet à son Correspondant des exemplaires d’un Livre nouveau ; avant que les exemplaires arrivent, le Livre