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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/405

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propre est attaqué. Trop peu soigneux d’éclairer la conduite de leurs Chefs, ils ne voient les fers qu’on leur prépare que quand ils en sentent le poids. Toujours distraits, toujours trompés, toujours fixés sur d’autres objets, ils se laissent donner le change sur le plus important de tous, & vont toujours cherchant le remède, faute d’avoir su prévenir le mal. À force de compasser leurs démarches, ils ne les font jamais qu’après coup. Leurs lenteurs les auroient déjà perdus cent fois, si l’impatience du Magistrat ne les eût sauvés, & si, pressé d’exercer ce pouvoir suprême auquel il aspire, il ne les eût lui-même avertis du danger.

Suivez l’historique de votre Gouvernement ; vous verrez toujours le Conseil, ardent dans ses entreprises, les manquer le plus souvent par trop d’empressement à les accomplir, & vous verrez toujours la Bourgeoisie revenir enfin sur ce qu’elle a laissé faire sans y mettre opposition.

En 1570, l’Etat étoit obéré de dettes & affligé de plusieurs fléaux. Comme il étoit mal-aisé dans la circonstance d’assembler souvent le Conseil général, on y propose d’autoriser les Conseils de pourvoir aux besoins présens : la proposition passe. Ils partent de-là pour s’arroger le droit perpétuel d’établir des impôts, & pendant plus d’un siècle on les laisse faire sans la moindre opposition.

En 1714, on fait, par des vues secretes,*

[* Il en a été parlé ci-devant] l’entreprise immense & ridicule des fortifications, sans daigner consulter le Conseil général, & contre la teneur des Edits. En conséquence de ce beau projet, on établit pour dix ans des