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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/40

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décider si leur lait spirituel lui a si bien profité, s’il en a fait de si grands saints, *

[*Mandement, Ibid.] vrais adorateurs de Dieu, & de si grands hommes, dignes d’être la ressource & l’ornement de la patrie. Je puis ajouter une observation qui devroit frapper tous les bons François, & vous-même comme tel ; c’est que de tant de Rois qu’a eus votre Nation, le meilleur est le seul que n’ont point élevé les Prêtres.

Mais qu’importe tout cela, puisque je ne leur ai point donné l’exclusion : qu’ils élevent la jeunesse, s’ils en sont capables ; je ne m’y oppose pas ; & ce que vous dites là-dessus*

[*Ibid.] ne fait rien contre mon Livre. Prétendriez-vous que mon plan fût mauvais, par cela seul qu’il peut convenir à d’autres qu’aux gens d’Eglise ?

Si l’homme est bon par sa nature, comme je crois l’avoir démontré, il s’ensuit qu’il demeure tel tant que rien d’étranger à lui ne l’altere ; & si les hommes sont méchans, comme ils ont pris peine à me l’apprendre, il s’ensuit que leur méchanceté leur vient d’ailleurs : fermez donc l’entrée au vice, & le cœur humain sera toujours bon. Sur ce principe, j’établis l’éducation négative comme la meilleure ou plutôt la seule bonne : je fais voir comment toute éducation positive suit, comme qu’on s’y prenne, une route opposée à son but ; & je montre comment on tend au même but, & comment on y arrive par le chemin que j’ai tracé.

J’appelle éducation positive celle qui tend à former l’esprit avant l’âge & à donner à l’enfant la connoissance des devoirs