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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/331

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remédier ? Ce pouvoir est lui-même le pire de tous les désordres. employer un tel moyen pour les prévenir, c’est tuer les gens afin qu’ils n’oient pas la fièvre.

Une grande Troupe formée en tumulte peut faire beaucoup de mal. Dans une assemblée nombreuse, quoique régulière, si chacun peut dire & proposer ce qu’il veut, on perd bien du tems à écouter des folies, & l’on peut être en danger d’en faite. Voilà des vérités incontestables ; mais est-ce prévenir l’abus d’une manière raisonnable, que de faire dépendre cette assemblée uniquement de ceux qui voudroient l’anéantir, & que nul n’y puisse rien proposer que ceux qui ont le plus grand intérêt de lui nuire ? Car, Monsieur, n’est-ce pas exactement là l’état des choses, & y a-t-il un seul Genevois qui puisse douter que si l’existence du Conseil général dépendoit tout-à-fait du petit Conseil, le Conseil général ne fût pour jamais supprimé ?

Voilà pourtant le Corps qui seul convoque ces assemblées, & qui seul y propose ce qu’il lui plaît : car pour le Deux-Cent, il ne fait que répéter les ordres du petit Conseil, & quand une fois celui-ci sera délivré du Conseil général, le Deux-Cent ne l’embarrassera guère ; il ne fera que suivre avec lui la route qu’il a frayée avec vous.

Or, qu’ai-je à craindre d’un supérieur incommode dont je n’ai jamais besoin, qui ne peut se montrer que quand je le lui permets, ni répondre que quand je l’interroge ? Quand je l’ai réduit à ce point, ne puis-je pas m’en regarder comme délivré ?

Si l’on dit que la Loi de l’Etat a prévenu l’abolition des Conseils généraux en les rendant nécessaires à l’élection des