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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/315

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& que, dans un Etat tel que le vôtre, la résistance publique est toujours sûre, quand elle est fondée sur les Loix.

La raison de ceci est évidente. Dans tout Etat la Loi parle où parle le Souverain. Or dans une Démocratie où le Peuple est Souverain, quand les divisions intestines suspendent toutes les formes & font taire toutes les autorités, la sienne seule demeure ; & où se porte alors le plus grand nombre, là réside la Loi & l’autorité.

Que si les Citoyens & Bourgeois réunis ne sont pas le Souverain, les Conseils, sans les Citoyens & Bourgeois le sont beaucoup moins encore, puisqu’ils n’en font que la moindre partie en quantité. Si-tôt qu’il s’agit de l’autorité suprême, tout rentre à Geneve dans l’égalité, selon les termes de l’Edit. Que tous soient contens en degré de Citoyens & Bourgeois, sans vouloir se préférer & s’attribuer quelque autorité & Seigneurie par-dessus les autres. Hors du Conseil général, il n’y a point d’autre Souverain que la Loi ; mais quand la Loi même est attaquée par ses Ministres, c’est au Législateur à la soutenir. Voilà ce qui fait que, par-tout où règne une véritable liberté, dans les entreprises marquées le Peuple a presque toujours l’avantage.

Mais ce n’est pas par des entreprises marquées que vos Magistrats ont amené les choses au point où elles sont ; c’est par des efforts modérés & continus, par des changemens presque insensibles dont vous ne pouviez prévoir la conséquence, & qu’à peine même pouviez-vous remarquer. Il n’est pas possible au Peuple de se tenir sans cesse en garde contre