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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/302

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en ce qu’étant absolu, sans condition, sans réserve, il ne peut toutefois être injuste ni susceptible d’abus ; puisqu’il n’est pas possible que le corps se veuille nuire à lui-même, tant que le tout ne veut que pour tous.

Il est encore d’une espèce particulière, en ce qu’il lie les contractans sans les assujettir à personne ; & qu’en leur donnant leur seule volonté pour règle il les laisse aussi libres qu’auparavant.

La volonté de tous est donc l’ordre, la règle suprême ; & cette règle générale & personnifiée est ce que j’appelle le souverain.

Il suit de là que la souveraineté est indivisible, inaliénable, & qu’elle réside essentiellement dans tous les membres du Corps.

Mais comment agit cet être abstrait & collectif ? Il agit par des Loix, & il ne sauroit agir autrement.

Et qu’est-ce qu’une loi ? C’est une déclaration publique & solennelle de la volonté générale sur un objet d’intérêt commun.

Je dis, sur un objet d’intérêt commun ; parce que la Loi perdroit sa force, & cesseroit d’être légitime, si l’objet n’en importoit à tous.

La Loi ne peut par sa nature avoir un objet particulier & individuel ; mais l’application de la Loi tombe sur des objets particuliers & individuels.

Le pouvoir législatif, qui est le souverain, a donc besoin d’un autre pouvoir qui exécute, c’est-à-dire qui réduise la Loi en actes particuliers. Ce second pouvoir doit être établi