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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/298

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accusation générale ; puis, entrant en matière sur la religion, il déclare vouloir s’y borner, & il tient parole. Comment parviendrons-nous à vérifier l’accusation qui regarde les Gouvernemens, si ceux qui l’intentent refusent de dire sur quoi elle porte ?

Remarquez même comment, d’un trait de plume, cet Auteur change l’état de la question. Le Conseil prononce que mes Livres tendent à détruire tous les Gouvernements ; l’Auteur des Lettres dit seulement que les Gouvernemens y sont livrés à la plus audacieuse critique. Cela est fort différent. Une critique, quelque audacieuse qu’elle puisse être, n est point une conspiration. Critiquer ou blâmer quelques Loix n’est pas renverser toutes les Loix. Autant vaudroit accuser quelqu’un d’assassiner les malades, lorsqu’il montre les fautes des Médecins.

Encore une fois, que répondre à des raisons qu’on ne veut pu dire ? Comment se justifier contre un jugement porté sans motifs ? Que, sans preuve de part ni d’autre, ces Messieurs disent que je veux renverser tous les Gouvernemens ; & que je dise, moi, que je ne veux pas renverser tous les Gouvernements ; il y a dans ces assertions parité exacte, excepté que le préjugé est pour moi : car il est à présumer que je sois mieux que personne ce que je veux faire.

Mais où la parité manque, c’est dans l’effet de l’assertion. Sur la leur, mon Livre est brûlé, ma personne est décrétée ; & ce que j’affirme ne rétablit rien. Seulement, si je prouve que l’accusation est fausse & le jugement inique, l’affront qu’ils m’ont fait retourne à eux-mêmes : le décret, le bourreau,