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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/287

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l’ouvrage de la triste nécessité, de celles qui me viennent uniquement de la haine de mes ennemis. Eh ! plût à Dieu que je n’en eusse pas plus à Geneve qu’en France, & qu’ils n’y fussent pas plus implacables ! Chacun sait aujourd’hui d’où sont partis les coups qu’on m’a portés, & qui m’ont été les plus sensibles. Vos gens me reprochent mes malheurs comme s’ils n’étoient pas leur ouvrage. Quelle noirceur plus cruelle que de me faire un crime à Geneve des persécutions qu’on me suscitoit dans la Suisse, & de m’accuser de n’être admis nulle part, en me faisant chasser de par-tout ? Faut-il que je reproche à l’amitié qui m’appella dans ces Contrées, le voisinage de mon pays ? J’ose en attester tous les Peuples de l’Europe ; y en a-t-il un seul, excepté la Suisse, où je n’eusse pas été reçu même avec honneur ? Toutefois dois-je me plaindre du choix de ma retraite ? Non, malgré tant d’acharnement & d’outrages, j’ai plus gagné que perdu ; j’ai trouvé un homme. Ame noble & grande ! ô George Keith ! mon protecteur, mon ami, mon pere ! où que vous soyez, où que j’acheve mes tristes jours, & dusse-je ne vous revoir de ma vie, non, je ne reprocherai point an Ciel mes miseres ; je leur dois votre amitié.

En conscience, y a-t-il parité entre les Livres où l’on trouve quelques traits épars & indiscrets contre la Religion, & des Livres où, sans détour, sans ménagement, on l’attaque dans ses dogmes, dans sa morale, dans influence sur la Société ?

En conscience !… il ne siéroit pas à un impie tel que moi d’oser parler de conscience… sur-tout vis-à-vis de ces bons