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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/280

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paroître approuver tacitement ces Livres. Du reste, pourvu que les noms des Auteurs n’y soient pas, ces Auteurs, quoique tout le monde les connoisse & les nomme, ne sont pas connus du Magistrat. Plusieurs même sont dans l’usage d’avouer ces Livres pour s’en faire honneur, & de les renier pour se mettre à couvert ; le même homme sera l’Auteur ou ne le sera pas, devant le même homme, selon qu’ils seront à l’audience ou dans un soupé. C’est alternativement oui & non, sans difficulté, sans scrupule. De cette façon la sûreté ne coûte rien à la vanité. C’est-là la prudence & l’habileté que l’Auteur des Lettres me reproche de n’avoir pas eue, & qui pourtant n’exige pas, ce me semble, que pour l’avoir, on se mette en grands frais d’esprit.

Cette maniere de procéder contre des Livres anonymes, dont on ne veut pas connoître les Auteurs, est devenue un usage judiciaire. Quand on veut sévir contre le Livre, on le brûle, parce qu’il n’y a personne à entendre, & qu’on voit bien que l’Auteur qui se cache n’est pas d’humeur à l’avouer ; sauf à rire le soir avec lui-même des informations qu’on vient d’ordonner le matin contre lui. Tel est l’usage.

Mais lorsqu’un Auteur mal-adroit, c’est-à-dire, un Auteur qui connoît son devoir, qui le veut remplir, se croit obligé de ne rien dire au Public qu’il ne l’avoue, qu’il ne se nomme, qu’il ne se montre pour en répondre, alors l’équité, qui ne doit pas punir comme un crime la mal-adresse d’un homme d’honneur, veut qu’on procede avec lui d’une autre maniere ; elle veut qu’on ne sépare point la cause du Livre de celle de l’homme, puisqu’il déclare, en mettant son nom