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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/250

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expressions qu’on laissoit avec art incertaines, pour leur donner au besoin telle acception qu’on vouloit. En général, les Chefs des Républiques aiment extrêmement à employer le langage des Monarchies. À la faveur de termes qui semblent consacrés, ils savent amener peu-à-peu les choses que ces mots signifient. C’est ce que fait ici très-habilement l’Auteur des Lettres, en prenant le mot de Gouvernement, qui n’a rien d’effrayant en lui-même, pour l’exercice de la souveraineté, qui seroit révoltant, attribué sans détour au Petit Conseil.

C’est ce qu’il fait encore plus ouvertement dans un autre passage,*

[*Page 66. ] où, après avoir dit que le Petit Conseil est le Gouvernement même, ce qui est vrai en prenant ce mot de Gouvernement dans un sens subordonné, il ose ajouter qu’à ce titre il exerce toute l’autorité qui n’est pas attribuée aux autres Corps de l’Etat ; prenant ainsi le mot de Gouvernement dans le sens de la souveraineté, comme si tous les Corps de l’Etat, & le Conseil général lui-même, étoient institués par le Petit Conseil : car ce n’est qu’à la faveur de cette supposition qu’il peut s’attribuer à lui seul tous les pouvoirs que la Loi ne donne expressément à personne. Je reprendrai ci-après cette question.

Cette équivoque éclaircie, on voit a découvert le sophisme de l’Auteur. En effet, dire que tout ce qui est du ressort de l’autorité, en matiere de Religion, est du ressort du Gouvernement, est une proposition véritable, si par ce mot de Gouvernement on entend la puissance législative ou le Souverain : mais elle est très-fausse, si l’on entend la puissance