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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/226

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Je ne voudrois pas prendre le ton du Pere Berruyer, que je n’aime gueres, & que je trouve même de très-mauvais goût ; mais je ne puis m’empêcher de dire qu’une des choses qui me charment dans le caractere de Jésus, n’est pas seulement la douceur des mœurs, la simplicité, mais la facilité, la grâce, & même l’élégance. Il ne fuyoit ni les plaisirs ni les fêtes, il alloit aux noces, il voyoit les femmes, il jouoit avec les enfans, il aimoit les parfums, il mangeoit chez les Financiers. Ses disciples ne jeûnoient point ; son austérité n’étoit point fâcheuse. Il étoit indulgent & juste, doux aux foibles & terrible aux méchans. Sa morale avoit quelque chose d’attrayant, de caressant, de tendre ; il avoit le cœur sensible, il étoit homme de bonne société. Quand il n’eût pas été le plus sage des mortels, il en s eût été le plus aimable.

Certains passages de saint Paul, outrés ou mal entendus, ont fait bien des fanatiques, & ces fanatiques ont souvent défiguré & déshonoré le Christianisme. Si l’on s’en fût tenu à l’esprit du Maître, cela ne seroit pas arrivé. Qu’on m’accuse de n’être pas toujours de l’avis de Saint Paul, on peut me réduire à prouver que j’ai quelquefois raisons de n’en être pas. Mais il ne s’ensuivra jamais de-là que ce soit par dérision que je trouve l’Evangile divin. Voilà pourtant comment raisonnent mes persécuteurs.

Pardon, Monsieur ; je vous excede avec ces longs détails, je le sens, & je les termine : je n’en ai déjà que trop dit pour ma défense, & je m’ennuie moi-même de répondre toujours par des raisons à des accusations sans raison.