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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/22

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accabler un dans le fort de ses disgraces ; il lance, lui Prélat catholique, un Mandement contre un Auteur protestant ; il monte sur son Tribunal pour examiner comme Juge la doctrine particuliere d’un hérétique ; &, quoiqu’il damne indistinctement quiconque n’est pas de son Eglise, sans permettre à l’accusé d’errer à sa mode, il lui prescrit en quelque sorte la route par laquelle il doit aller en Enfer. Aussi-tôt le reste de son Clergé s’empresse, s’évertue, s’acharne autour d’un ennemi qu’il croit terrassé. Petits & grands, tout s’en mêle ; le dernier Cuistre vient trancher du capable, il n’y a pas un sot en petit collet, pas un chétif habitué de Paroisse qui, bravant à plaisir celui contre qui sont réunis leur Sénat & leur Evêque, ne veuille avoir la gloire de lui porter le dernier coup de pied.

Tout cela, Monseigneur, forme un concours dont je suis le seul exemple, & ce n’est pas tout..... Voici, peut-être, une des situations les plus difficiles de ma vie ; une de celles où la vengeance & l’amour-propre sont les plus aisés à satisfaire, & permettent le moins à l’homme juste d’être modéré. Dix lignes seulement, & je couvre mes persécuteurs d’un ridicule ineffaçable. Que le public ne peut-il savoir deux anecdotes, sans que je les dise ! Que ne connoît-il ceux qui ont médité ma ruine, & ce qu’ils ont fait pour l’exécuter ! Par quels méprisables insectes, par quels ténébreux moyens il verroit s’émouvoir les Puissances ! quels levains il verroit s’échauffer par leur pourriture & mettre le Parlement en fermentation ! Par quelle risible cause il verroit les Etats de l’Europe se liguer contre le fils d’un horloger. Que je