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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/207

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parloit, & dont on ne parloit pas tant que de celle d’Albert-le-Grand. J’ai vu même une chose plus surprenante ; c’étoit force têtes d’hommes, de Savans, d’Académiciens qui couroient aux miracles des convulsions, & qui en revenoient tout émerveillés.

Avec le canon, l’optique, l’aimant, le barometre, quels prodiges ne fait-on pas chez les ignorans ? Les Européens, avec leurs arts, ont toujours passé pour des Dieux parmi les Barbares. Si dans le sein même des Arts, des Sciences, des Colleges, des Académies ; si, dans le milieu de l’Europe, en France, en Angleterre, un homme fût venu, le siecle dernier, armé de tous les miracles de l’électricité, que nos Physiciens operent aujourd’hui, l’eût-on brûlé comme un sorcier l’eût-on suivi comme un Prophete ? Il est à présumer qu’on eût fait l’un ou l’autre : il est certain qu’on auroit eu tort.

Je ne sais si l’art de guérir est trouvé, ni s’il se trouvera jamais : ce que je sais, c’est qu’il n’est pas hors de la nature. Il est tout aussi naturel qu’un homme guérisse, qu’il l’est qu’il tombe malade ; il petit tout aussi bien guérir subitement que mourir subitement. Tout ce qu’on pourra dire de certaines guérisons, c’est qu’elles sont surprenantes, mais non pas qu’elles sont impossibles ; comment prouverez-vous donc que ce sont des miracles ? Il y a pourtant, je l’avoue, des choses qui m’étonneroient fort, si j’en étois le témoin : ce ne seroit pas tant de voir marcher un boiteux, qu’un homme qui m’avoit point de jambes ; ni de voir un paralytique mouvoir son bras, qu’un homme qui n’en a qu’un reprendre les deux. Cela me frapperoit encore plus, je l’avoue, que de