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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/197

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& des miracles, vous ne croyez point, disoit-il à celui qui le prioit de guérir son fils. *

[* Jean IV. 48. ] Parle-t-on sur ce ton-là quand on veut donner des prodiges en preuves ?

Combien n’étoit-il pas étonnant que, s’il en eût tant donné de telles, on continuât sans cesse à lui en demander ? Quel miracle fais-tu, lui disoient le Juifs, afin que l’ayant vu, nous croyons à toi ? Moise donna la manne dans le désert à nos Peres ; mais toi, quelle œuvre fais-tu ?*

[* Jean VI. 30. 31. & suiv.] C’est à-peu-près dans le sens de vos Messieurs, & laissant à part la majesté Royale, comme si quelqu’un venoit dire à Frédéric : On te dit un grand Capitaine ; & pourquoi donc ? Qu’as-tu fait qui te montre tel ? Gustave vainquit à Leipsic, à Lutzen ; Charles à Frawstat, à Narva : mais où sont tes monumens ? Quelle victoire as-tu remportée, quelle Place as-tu prise, quelle marche as-tu faite ? quelle Campagne t’a couvert de gloire ? de quel droit portes-tu le nom de Grand ? L’impudence d’un pareil discours est-elle concevable, & trouveroit-on sur la terre entiere un homme capable de le tenir ?

Cependant, sans faire honte à ceux qui lui en tenoient un semblable, sans leur accorder aucun miracle, sans les édifier au moins sur ceux qu’il avoit faits, Jésus, en réponse à leur question, se contente d’allégoriser sur le pain du Ciel : aussi, loin que sa réponse lui donnât de nouveaux Disciples, elle lui en ôta plusieurs de ceux qu’il avoit, & qui, sans doute, pensoient comme vos Théologiens. La désertion fut telle,