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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/175

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c’est sur cette trompeuse apparence que j’honorai ses Pasteurs d’éloges dont je les croyois dignes ; car mon intention n’étoit assurément pas as d’abuser le Public. Mais qui peut voir aujourd’hui ces mêmes Ministres, jadis si coulans & devenus tout-à-coup si rigides, chicaner sur l’orthodoxie d’un LaÏque, & laisser la leur dans une si scandaleuse incertitude ? On leur demande si Jésus-Christ est Dieu, ils n’osent répondre : on leur demande quels mysteres ils admettent, ils n’osent répondre. Sur quoi donc répondront-ils, & quels seront les articles fondamentaux, différens des miens, sur lesquels ils veulent qu’on se décide, si ceux-là n’y sont pas compris ?

Un Philosophe jette sur eux un coup-d’œil rapide ; il les pénetre, il les voit Ariens, Sociniens : il le dit, & pense leur faire honneur ; mais il ne voit pas qu’il expose leur intérêt temporel, la seule chose qui généralement décide ici-bas de la foi des hommes.

Aussi-tôt, alarmes, effrayés, ils s’assemblent, ils discutent, ils s’agitent, ils ne savent à quel Saint se vouer ; & après force consultations,*

[*Quand on est bien décidé sur, ce qu’on croit, disoit à ce sujet un journaliste, une profession de foi doit être bientôt faite. ] délibérations, conférences, le tout aboutit à un amphigouri où l’on ne dit ni oui ni non, & auquel il est aussi peu possible de rien comprendre qu’aux deux Plaidoyers de Rabelais. *

[* Il y auroit peut-être eu quelque embarras à s’expliquer plus clairement sans être obligé de se rétracter sur certaines choses. ] La doctrine orthodoxe n’est-elle pas bien claire, & ne la voilà-t-il pas en de sûres moins ?