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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/153

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ne peut l’être dans aucune autre doctrine, puisqu’ils admettront toutes les bonnes Religions qui ne s’admettent pas entre elles, c’est-à-dire, toutes celles qui, ayant l’essentiel qu’elles négligent, font l’essentiel de ce qui ne l’est point. En s’attachant, eux, à ce seul essentiel, ils laisseront les autres en faire à leur gré l’accessaire, pourvu qu’ils ne le rejettent pas : ils les laisseront expliquer ce qu’ils n’expliquent point, décider ce qu’ils ne décident point. Ils laisseront à chacun ses rites, ses formules de foi, sa croyance ; ils diront : admettez avec nous les principes des devoirs de l’homme & du Citoyen ; du reste, croyez tout ce qu’il vous plaira. Quant aux Religions qui sont essentiellement mauvaises, qui portent l’homme à faire le mal, ils ne les toléreront point, parce que cela même est contraire à la véritable tolérance, qui n’a pour but que la paix du Genre-humain. Le vrai tolérant ne tolère point le crime, il ne tolère aucun dogme qui rende les hommes méchans.

Maintenant supposons, au contraire, que nos Prosélytes

soient sous la domination d’autrui : comme gens de paix, ils seront soumis aux Loix de leurs maîtres, même en matière de Religion, à moins que cette Religion ne fût essentiellement mauvaise ; car alors, sans outrager ceux qui la professent, ils refuseroient de la professer. Ils leur diroient : puisque Dieu nous appelle à la servitude, nous voulons être de bons serviteurs, & vos sentimens nous empêcheroient de l’être ; nous connoissons nos devoirs, nous les aimons, nous rejetons ce qui nous en détache ; c’est afin de vous être fidèles, que nous n’adoptons pas la Loi de l’iniquité.

Mais si la Religion du pays est bonne en elle-même, &