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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/100

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Considérez donc, de grace, qu’il est tout-à-fait dans l’ordre que des faits humains soient attestés par des témoignages humains. Ils ne peuvent l’être par nulle autre voye ; je ne puis savoir que Sparte & Rome ont existé, que parce que des Auteurs contemporains me le disent ; & entre moi & un autre homme qui a vécu loin de moi, il faut nécessairement des intermédiaires : mais pourquoi en faut-il entre Dieu & moi, & pourquoi en faut-il de si éloignés, qui en ont besoin de tant d’autres ? Est-il simple, est-il naturel, que Dieu ait été chercher Moïse pour parler à Jean-Jacques Rousseau ?

D’ailleurs nul n’est obligé, sous peine de damnation, de croire que Sparte ait existé ; nul, pour en avoir douté, ne sera dévoré des flammes éternelles. Tout fait, dont nous ne sommes pas les témoins, n’est établi pour nous que sur des preuves morales ; & toute preuve morale est susceptible de plus & de moins. Croirai-je que la justice divine me précipite à jamais dans l’enfer, uniquement pour n’avoir pas su marquer bien exactement le point où une telle preuve devient invincible ?

S’il y a dans le monde une histoire attestée, c’est celle des Wampirs. Rien n’y manque : procès verbaux, certificats de Notables, de Chirurgiens, de Curés, de Magistrats. La preuve juridique est des plus completes. Avec cela, qui est-ce qui croit aux Wampirs ? Serons-nous tous damnés pour n’y avoir pas cru ?

Quelque attestés que soient, au gré même de l’incrédule Cicéron, plusieurs des prodiges rapportés par Tite-Live, je les regarde comme autant de fables, & sûrement je ne suis pas le seul. Mon expérience constante, & celle de tous les