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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/88

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instant manquer de raison, & l’ivresse des sens peut dicter un crime dont on auroit horreur de sang-froid. Heureux de n’avoir point trompé votre espoir, j’ai vaincu deux mais, & vous me devez le prix de deux siecles de souffrances.

LETTRE IX. DE JULIE.

J’entends : les plaisirs du vice & l’honneur de la vertu vous feroient un sort agréable. Est-ce là votre morale ?… Eh ! mon bon ami, vous vous lassez bien vite d’être généreux ! Ne l’étiez-vous donc que par artifice ? La singuliere marque d’attachement que de vous plaindre de ma santé ! Seroit-ce que vous espériez voir mon fol amour achever de la détruire, & que vous m’attendiez au moment de vous demander la vie ? ou bien, comptiez-vous de me respecter aussi long-tems que je ferois peur, & de vous rétracter quand je deviendrois supportable ? Je ne vois pas dans de pareils sacrifices un mérite à tant faire valoir.

Vous me reprochez avec la même équité le soin que je prends de vous sauver des combats pénibles avec vous-même, comme si vous ne deviez pas plutôt m’en remercier. Puis vous vous rétractez de l’engagement que vous avez pris comme d’un devoir trop à charge ; en sorte que, dans la même lettre, vous vous plaignez de ce que vous avez trop de peine, & de ce que vous n’en avez pas assez. Pensez-y