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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/593

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tant d’indifférence pour toute chose, on ne réussit jamais à rien. Nous avons beau faire l’un, & l’autre ; la raison seule ne vous rendra pas la raison. Il faut qu’une multitude d’objets nouveaux, & frappans vous arrachent une partie de l’attention que votre cœur ne donne qu’à celui qui l’occupe. Il faut, pour vous rendre à vous-même, que vous sortiez d’au-dedans de vous, & ce n’est que dans l’agitation d’une vie active que vous pouvez retrouver le repos.

Il se présente pour cette épreuve une occasion qui n’est pas à dédaigner ; il est question d’une entreprise grande, belle, & telle que bien des âges n’en voyent pas de semblables. Il dépend de vous d’en être témoin, & d’y concourir. Vous verrez le plus grand spectacle qui puisse frapper les yeux des hommes ; votre goût pour l’observation trouvera de quoi se contenter. Vos fonctions seront honorables ; elles n’exigeront, avec les talens que vous possédez, que du courage, & de la santé. Vous y trouverez plus de péril que de gêne ; elles ne vous en conviendront que mieux. Enfin votre engagement ne sera pas fort long. Je ne puis vous en dire aujourd’hui davantage, parce que ce projet sur le point d’éclore est pourtant encore un secret dont je ne suis pas le maître. J’ajouterai seulement que si vous négligez cette heureuse, & rare occasion, vous ne la retrouverez probablement jamais, & la regretterez peut-être toute votre vie.

J’ai donné ordre à mon coureur, qui vous porte cette lettre, de vous chercher où que vous soyez, & de ne point revenir sans votre réponse ; car elle presse, & je dois donner la mienne avant de partir d’ici.