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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/589

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de tout., & la société à qui tu dois ta conservation, tes talents, tes lumieres ; la patrie à qui tu appartiens ; les malheureux qui ont besoin de toi, leur dois-tu rien ? Oh ! l’exact dénombrement que tu fais ! parmi les devoirs que tu comptes, tu n’oublies que ceux d’homme, & de citoyen. Où est ce vertueux patriote qui refuse de vendre son sang à un prince étranger parce qu’il ne doit le verser que pour son pays, & qui veut maintenant le répandre en désespéré contre l’expresse défense des loix ? Les loix, les loix, jeune homme ! le sage les méprise-t-il ? Socrate innocent, par respect pour elles, ne voulut pas sortir de prison : tu ne balances point à les violer pour sortir injustement de la vie, & tu demandes : "Quel mal fais-je ?"

Tu veux t’autoriser par des exemples ; tu m’oses nommer des Romains ! Toi, des Romains ! il t’appartient bien d’oser prononcer ces noms illustres ! Dis-moi, Brutus mourut-il en amant désespéré, & Caton déchira-t-il ses entrailles pour sa maîtresse ? Homme petit, & foible, qu’y a-t-il entre Caton, & toi ? Montre-moi la mesure commune de cette ame sublime, & de la tienne. Téméraire, ah ! tais-toi. Je crains de profaner son nom par son apologie. À ce nom saint, & auguste, tout ami de la vertu doit mettre le front dans la poussiere, & honorer en silence la mémoire du plus grand des hommes.

Que tes exemples sont mal choisis !, & que tu juges bassement des Romains, si tu penses qu’ils se crussent en droit de s’ôter la vie aussitôt qu’elle leur étoit à charge ! Regarde les beaux tems de la République, & cherche si tu y verras