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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/583

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de ta raison, marque celui de ton cœur, & que je ne daignerois pas même relever si je n’avois pitié de ton délire.

Pour renverser tout cela d’un mot, je ne veux te demander qu’une seule chose. Toi qui crois Dieu existant, l’ame immortelle, & la liberté de l’homme, tu ne penses pas, sans doute, qu’un être intelligent reçoive un corps, & soit placé sur la terre au hasard seulement pour vivre, souffrir, & mourir ? Il y a bien peut-être à la vie humaine un but, une fin, un objet moral ? Je te prie de me répondre clairement sur ce point ; apres quoi nous reprendrons pied à pied ta lettre, & tu rougiras de l’avoir écrite.

Mais laissons les maximes générales, dont on fait souvent beaucoup de bruit sans jamais en suivre aucune ; car il se trouve toujours dans l’application quelque condition particuliere qui change tellement l’état des choses, que chacun se croit dispensé d’obéir à la regle qu’il prescrit aux autres ; & l’on sait bien que tout homme qui pose des maximes générales entend qu’elles obligent tout le monde, excepté lui. Encore un coup, parlons de toi.

Il t’est donc permis, selon toi, de cesser de vivre ? La preuve en est singuliere, c’est que tu as envie de mourir. Voilà certes un argument fort commode pour les scélérats : ils doivent t’être bien obligés des armes que tu leur fournis ; il n’y aura plus de forfaits qu’ils ne justifient par la tentation de les commettre ; & des que la violence de la passion l’emportera sur l’horreur du crime, dans le désir de mal faire ils en trouveront aussi le droit.

Il t’est donc permis de cesser de vivre ? Je voudrois bien