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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/570

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la gangrene ils s’en font couper un, & tous les deux, s’il le faut. La parité est exacte pour qui croit l’immortalité de l’ame ; car si je sacrifie mon bras à la conservation d’une chose plus précieuse, qui est mon corps, je sacrifie mon corps à la conservation d’une chose plus précieuse, qui est mon bien-être. Si tous les dons que le Ciel nous a faits sont naturellement des biens pour nous, ils ne sont que trop sujets à changer de nature ; & il y ajouta la raison pour nous apprendre à les discerner. Si cette regle ne nous autorisoit pas à choisir les uns, & rejeter les autres, quel seroit son usage parmi les hommes ?

Cette objection si peu solide, ils la retournent de mille manieres. Ils regardent l’homme vivant sur la terre comme un soldat mis en faction."Dieu, disent-ils, t’a placé dans ce monde, pourquoi en sors-tu sans son congé ?" Mais toi-même, il t’a placé dans ta ville, pourquoi en sors-tu sans son congé ? Le congé n’est-il pas dans le mal-être ? En quelque lieu qu’il me place, soit dans un corps, soit sur la terre, c’est pour rester autant que j’y suis bien, & pour en sortir des que j’y suis mal. Voilà la voix de la nature, & la voix de Dieu. Il faut attendre l’ordre, j’en conviens ; mais quand je meurs naturellement, Dieu ne m’ordonne pas de quitter la vie, il me l’ôte : c’est en me la rendant insupportable qu’il m’ordonne de la quitter. Dans le premier cas, je résiste de toute ma force : dans le second, j’aile mérite d’obéir.

Concevez-vous qu’il y ait des gens assez injustes pour taxer la mort volontaire de rébellion contre la Providence, comme