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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/564

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à résoudre en partie vos objections contre l’aveu que je crois devoir faire à mon mari. Il est trop sage pour me punir d’une démarche humiliante que le repentir seul peut m’arracher, & je ne suis pas plus incapable d’user de la ruse des dames dont vous parlez, qu’il l’est de m’en soupçonner. Quant à la raison sur laquelle vous prétendez que cet ave un’est pas nécessaire, elle est certainement un sophisme : car quoiqu’on ne soit tenue à rien envers un époux qu’on n’a pas encore, cela n’autorise point à se donner à lui pour autre chose que ce qu’on est. Je l’avois senti, même avant de me marier, & si le serment extorqué par mon pere m’empêcha de faire à cet égard mon devoir, je n’en fus que plus coupable, puisque c’est un crime de faire un serment injuste, & un second de le tenir. Mais j’avois une autre raison que mon cœur n’osoit s’avouer, & qui me rendoit beaucoup plus coupable encore. grace au ciel, elle ne subsiste plus.

Une considération plus légitime, & d’un plus grand poids est le danger de troubler inutilement le repos d’un honnête homme, qui tire son bonheur de l’estime qu’il a pour sa femme.

    cipe, examinez bien la résolution de Julie, & la déclaration qu’elle en fait à son ami. Pesez cette résolution dans toutes ses circonstances, & vous verrez comment un cœur droit en doute de lui-même fait s’ôter au besoin tout intérêt contraire au devoir. Dés ce moment Julie, malgré l’amour qui lui reste, met ses sens de parti de sa vertu ; elle se force, pour ainsi dire, d’aimer Wolmar comme son unique époux, comme le seul homme avec lequel elle habitera de sa vie ; elle change l’intérêt secret qu’elle avoit à sa perte en intérêt à le conserver. Ou je ne connois rien au cœur humain, ou c’est à cette seule resolution si critiquée que tient le triomphe de la vertu dans tout le reste de la vie de Julie, & l’attachement sincere, & constant qu’elle a jusqu’à la fin pour son mari.