Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/556

Cette page n’a pas encore été corrigée


passé pour toujours, source de regrets éternels ! plaisirs, transports, douces extases, momens délicieux, ravissemens célestes ! mes amours, mes uniques amours, honneur, & charme de ma vie ! adieu pour jamais.

LETTRE XX. DE JULIE.

Vous me demandez si je suis heureuse. Cette question me touche, & en la faisant vous m’aidez à y répondre ; car, bien loin de chercher l’oubli dont vous parlez, j’avoue que je ne saurois être heureuse si vous cessiez de m’aimer ; mais je le suis à tous égards, & rien ne manque à mon bonheur que le vôtre. Si j’ai évité dans ma lettre précédente de parler de M. de Wolmar, je l’ai fait par ménagement pour vous. Je connoissois trop votre sensibilité pour ne pas craindre d’aigrir vos peines ; mais votre inquiétude sur mon sort m’obligeant à vous parler de celui dont il dépend, je ne puis vous en parler que d’une maniere digne de lui, comme il convient à son épouse, & à une amie de la vérité.

M. de Wolmar a près de cinquante ans ; sa vie unie, réglée, & le calme des passions, lui ont conservé une constitution si saine, & un air si frais, qu’il paraît à peine en avoir quarante ; et il n’a rien d’un âge avancé que l’expérience, & la sagesse. Sa physionomie est noble, & prévenante, son abord simple, & ouvert ; ses manieres sont plus honnêtes qu’empressées ; il parle peu, &