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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/551

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LETTRE XIX. REPONSE.

Et vous ne seriez plus ma Julie ? Ah ! ne dites pas cela, digne & respectable femme. Vous l’êtes plus que jamais. Vous êtes celle qui méritez les hommages de tout l’univers. Vous êtes celle que j’adoroi en commençant d’être sensible à la véritable beauté. Vous êtes celle que je ne cesseroi d’adorer, même apres ma mort, s’il reste encore en mon ame quelque souvenir des attraits vraiment célestes qui l’enchanterent durant ma vie. Cet effort de courage qui vous ramene à tout votre vertu ne vous rend que plus semblable à vous-même. Non, non, quelque supplice que j’éprouve à le sentir & le dire, jamais vous ne fûtes mieux ma Julie qu’au moment que vous renoncez à moi. Hélas ! c’est en vous perdant que je vous ai retrouvée. Mais moi dont le cœur frémit au seul projet de vous imiter, moi tourmenté d’une passion criminelle que je ne puis ni supporter ni vaincre, suis-je celui que je pensois être ? Etois-je digne de vous plaire ? Quel droit avois-je de vous importuner de mes plaintes & de mon désespoir ! C’étoit bien à moi d’oser soupirer pour vous ! Eh ! qu’étois-je pour vous aimer ?

Insensé ! comme si je n’éprouvois pas assez d’humiliations sans en rechercher de nouvelles ! Pourquoi compter des différences que l’amour fit disparoître ? Il m’élevoit, il m’égaloit à vous, sa flamme me soutenoit ; nos cœurs s’étoient