Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/479

Cette page n’a pas encore été corrigée


Je consacre le reste de mes jours à pleurer la meilleure des meres ; je saurai lui sacrifier des sentimens qui lui ont coûté la vie ; je serois trop heureuse qu’il m’en coûtât assez de les vaincre, pour expier tout ce qu’ils lui ont fait souffrir. Ah ! si son esprit immortel pénetre au fond de mon cœur, il sait bien que la victime que je lui sacrifie n’est pas tout-à-fait indigne d’elle. Partagez un effort que vous m’avez rendu nécessaire. S’il vous reste quelque respect pour la mémoire d’un nœud si cher, & si funeste, c’est par lui que je vous conjure de me fuir à jamais, de ne plus m’écrire, de ne plus aigrir mes remords, de me laisser oublier, s’il se peut, ce que nous fûmes l’un à l’autre. Que mes yeux ne vous voyent plus ; que je n’entende plus prononcer votre nom ; que votre souvenir ne vienne plus agiter mon cœur. J’ose parler encore au nom d’un amour qui ne doit plus être ; à tant de sujets de douleur n’ajoutez pas celui de voir son dernier vœu méprisé. Adieu donc pour la derniere fois, unique, & cher… Ah ! fille insensée !… adieu pour jamais.