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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/457

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n’ont point leur source dans la nature, mais dans la volontaire dépravation des sens. Les illusions même de l’amour se purifient dans un cœur chaste & ne corrompent jamais qu’un cœur déjà corrompu : au contraire, la pureté se soutient par elle-même ; les désirs toujours réprimés s’accoutument à ne plus renaître & les tentations ne se multiplient que par l’habitude d’y succomber. L’amitié m’a fait surmonter deux fois ma répugnance à traiter un pareil sujet : celle-ci sera la derniere ; car à quel titre espérerois-je obtenir de vous ce que vous avez refusé à l’honnêteté, à l’amour & à la raison ?

Je reviens au point important par lequel j’ai commencé cette lettre. À vingt-un ans, vous m’écriviez du Valais des descriptions graves & judicieuses ; à vingt-cinq, vous m’envoyez de Paris des colifichets de lettres, où le sens & la raison sont partout sacrifiés à un certain tour plaisant, fort éloigné de votre caractere. Je ne sais comment vous avez fait ; mais depuis que vous vivez dans le séjour des talents, les vôtres paroissent diminués ; vous aviez gagné chez les paysans & vous perdez parmi les beaux esprits. Ce n’est pas la faute du pays où vous vivez, mais des connoissances que vous y avez faites ; car il n’y a rien qui demande tant de choix que le mélange de l’excellent & du pire. Si vousvoulez étudier le monde, fréquentez les gens sensés qui le connoissent par une longue expérience & de paisibles observations, non de jeunes étourdis qui n’en voyent que la superficie & des ridicules qu’ils font eux-mêmes. Paris est plein de savans accoutumés à réfléchir & à qui ce grand théâtre en offre tous les jours le sujet. Vous ne me ferez point croire que ces hommes