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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/446

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garantir mes sens d’un piege sans appas & d’un crime sans charmes.

Tel est l’exces de ma confusion, qu’en recourant à ta clémence, je crains même de souiller tes regards sur ces lignes par l’aveu de mon forfait. Pardonne, ame pure & chaste, un récit que j’épargnerois à ta modestie, s’il n’étoit un moyen d’expier mes égarements. Je suis indigne, de tes bontés, je le sais ; je suis vil, bas, méprisable ; mais au moins je ne serai ni faux ni trompeur & j’aime mieux que tu m’ôtes ton cœur & la vie que de t’abuser un seul moment. De peur d’être tenté de chercher des excuses qui ne me rendroient que plus criminel, je me bornerai à te faire un détail exact de ce qui m’est arrivé. Il sera aussi sincere que mon regret ; c’est tout ce que je me permettrai de dire en ma faveur.

J’avois fait connoissance avec quelques officiers aux gardes, & autres jeunes gens de nos compatriotes, auxquels je trouvois un mérite naturel, que j’avois regret de voir gâter par l’imitation de je ne sais quels faux airs qui ne sont pas faits pour eux. Ils se moquoient à leur tour de me voir conserver dans Paris la simplicité des antiques mœurs helvétiques. Ils prirent mes maximes & mes manieres pour des leçons indirectes dont ils furent choqués, & résolurent de me faire changer de ton à quelque prix que ce fût. après plusieurs tentatives qui ne réussirent point, ils en firent une mieux concertée qui n’eut que trop de succes. Hier matin ils vinrent me proposer d’aller souper chez la femme d’un Colonel, qu’ils me nommerent, & qui, sur le bruit de ma sagesse, avoit,