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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/445

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qui la touche semble y participer ; il ne faut qu’apercevoir un coin de ta robe pour adorer celle qui la porte. On sent, en regardant ton ajustement, que c’est partout le voile des grâces qui couvre la beauté ; & le goût de ta modeste parure semble annoncer au cœur tous les charmes qu’elle recele.

LETTRE XXVI. À JULIE.

Julie, ô Julie ! ô toi qu’un tems j’osois appeler mienne & dont je profane aujourd’hui le nom ! la plume échappe à ma main tremblante ; mes larmes inondent le papier ; j’ai peine à former les premiers traits d’une lettre qu’il ne faloit jamais écrire ; je ne puis ni me taire ni parler. Viens, honorable & chère image, viens épurer & raffermir un cœur avili par la honte & brisé parle repentir. Soutiens mon courage qui s’éteint ; donne à mes remords la force d’avouer le crime involontaire que ton absence m’a laissé commettre.

Que tu vas avoir de mépris pour un coupable, mais bien moins que je n’en ai moi-même. Quelque abject que j’aille être à tes yeux, je le suis cent fois plus aux miens propres ; car, en me voyant tel que je suis, ce qui m’humilie le plus encore, c’est de te voir, de te sentir au fond de mon cœur, dans un lieu désormais si peu digne de toi & de songer que le souvenir des plus vrais plaisirs de l’amour n’a pu