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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/435

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premiers musiciens du monde. Il y en a même qui regarderoient volontiers la musique à Paris comme une affaire d’Etat, peut-être parce que c’en fut une à Sparte de couper deux cordes à la lyre de Timothée : à cela vous sentez qu’on n’a rien à dire. Quoi qu’il en soit, l’Opéra de Paris pourroit être une fort belle institution politique, qu’il n’en plairoit pas davantage aux gens de goût. Revenons à ma description.

Les Ballets, dont il me reste à vous parler, sont la partie la plus brillante de cet Opéra ; & considérés séparément, ils font un spectacle agréable, magnifique & vraiment théâtral ; mais ils servent comme partie constitutive de la piece & c’est en cette qualité qu’il les faut considérer. Vous connoissez les opéras de Quinault ; vous savez comment les divertissemens y sont employés : c’est à peu près de même, ou encore pis, chez ses successeurs. Dans chaque acte l’action est ordinairement coupée au moment le plus intéressant par une fête qu’on donne aux acteurs assis & que le parterre voit debout. Il arrive de là que les personnages de la piece sont absolument oubliés, ou bien que les spectateurs regardent les acteurs qui regardent autre chose. La maniere d’amener ces fêtes est simple : si le prince est joyeux, on prend part à sa joie & l’on danse ; s’il est triste, on veut l’égayer & l’on danse. J’ignore si c’est la mode à la cour de donner le bal aux rois quand ils sont de mauvaise humeur : ce que je sais par rapport à ceux-ci, c’est qu’on ne peut trop admirer leur constance stoique à voir des gavottes ou écouter des chansons, tandis qu’on décide quelquefois derriere le théâtre de leur couronne ou de leur sort. Mais il y a bien d’autres sujets de danse : les plus