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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/414

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ai conçu, c’est que, chez la plupart des femmes, l’amant est comme un des gens de la maison : s’il ne fait pas son devoir, on le congédie & l’on en prend un autre ; s’il trouve mieux ailleurs, ou s’ennuie du métier, il quitte & l’on en prend un autre. Il y a, dit-on, des femmes assez capricieuses pour essayer même du maître de la maison ; car enfin c’est encore une espece d’homme. Cette fantaisie ne dure pas ; quand elle est passée, on le chasse & l’on en prend un autre, ou s’il s’obstine, on le garde & l’on en prend un autre.

Mais, disois-je à celui qui m’expliquoit ces étranges usages, comment une femme vit-elle ensuite avec tous ces autres-là qui ont ainsi pris ou reçu leur congé ?Bon ! reprit-il, elle n’y vit point. On ne se voit plus, on ne se connoît plus. Si jamais la fantaisie prenoit de renouer, on auroit une nouvelle connoissance à faire & ce seroit beaucoup qu’on se souvînt de s’être vus. Je vous entends, lui dis-je ; mais j’ai beau réduire ces exagérations, je ne conçois pas comment, après une union si tendre, on peut se voir de sang-froid, comment le cœur ne palpite pas au nom de ce qu’on a une fois aimé, comment on ne tressaillit pas à sa rencontre. Vous me faites rire, interrompit-il, avec vos tressaillements ; vous voudriez donc que nos femmes ne fissent autre chose que tomber en syncope ?

Supprime une partie de ce tableau trop chargé sans doute, place Julie à côté du reste & souviens-toi de mon cœur ; je n’ai rien de plus à te dire.

Il faut cependant l’avouer, plusieurs de ces impressions désagréables s’effacent par l’habitude. Si le mal se présente avant