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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/41

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celui qu’on leur fait aimer. Voulut être ce qu’on n’est pas, on parvient à se croire autre chose que ce qu’on est, & voilà comment on devient fou. Si les Romans n’offroient à leurs Lecteurs que des tableaux d’objets qui les environnent, que des devoirs qu’ils peuvent remplir ; que des plaisirs de leur condition, les Romans ne les rendroient point fous, ils les rendroient sages. Il faut que les écrits faits pour les Solitaires parlent la langue des Solitaires : pour les instruire, il faut qu’ils leur plaisant, qu’ils les interessent ; il faut qu’ils les attachent à leur état en le leur rendant agréa le. Ils doivent combattre & détruire les maximes des grandes sociétés ; ils doivent les montrer fausses & méprisables, c’est-à-dire, telles qu’elles sont. À tous ce titres un Roman, s’il est bien fait, au moins s’il est utile, doit être siffle, hai, décri par les gens à la mode, comme un Livre plat, extravagant, ridicule ; & voilà, Monsieur, comment la folie du monde est sagesse.

N. Votre conclusion se tire d’elle-même. On ne peut mieux prévoir sa chute, ni s’apprêter à tomber plus fierement. Il me reste une seule difficulté.