Ouvrir le menu principal

Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/399

Cette page n’a pas encore été corrigée


autant de grace que dans sa plus parfaite santé ; il semble même qu’un reste de langueur rende sa naive politesse encore plus touchante. Non, jamais cette incomparable mere ne fut si bonne, si charmante, si digne d’être adorée. Sais-tu qu’elle a demandé plusieurs fois de tes nouvelles à M. d’Orbe ? Quoiqu’elle ne me parle point de toi, je n’ignore pas qu’elle t’aime & que, si jamais elle étoit écoutée, ton bonheur & le mien seroient son premier ouvrage. Ah ! si ton cœur sait être sensible, qu’il a besoin de l’être & qu’il a de dettes à payer !

LETTRE XIX. À JULIE.

Tiens, ma Julie, gronde-moi, querelle-moi, bats-moi ; je souffrirai tout, mais je n’en continuerai pas moins à te dire ce que je pense. Qui sera le dépositaire de tous mes sentiments, si ce n’est toi qui les éclaires & avec qui mon cœur se permettroit-il de parler si ture fusois de l’entendre ? Quand je te rends compte de mes observations & de mes jugements, c’est pour que tu les corriges, non pour que tu les approuves ; & plus je puis commettre d’erreurs, plus je dois me presser de t’en instruire. Si je bl ame les abus qui me frappent dans cette grande ville, je ne m’en excuserai point sur ce que je t’en parle en confidence ; car je ne dis jamais rien d’un tiers que je ne sois prêt à lui dire en face & dans tout ce que je t’écris des Parisiens,