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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/397

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de Paris, dont on dit ici des merveilles [1] ; car enfin la musique peut être mauvaise & le spectacle avoir ses beautés : s’il n’en a pas, c’est un sujet pour ta médisance & du moins, tu n’offenseras personne.

Je ne sais si c’est la peine de te dire qu’à l’occasion de la noce il m’est encore venu ces jours passés deux épouseurs comme par rendez-vous : l’un d’Yverdun, gîtant, chassant de château en château, l’autre du pays allemand, par le coche de Berne. Le premier est une maniere de petit-maître, parlant assez résolument pour faire trouver ses reparties spirituelles à ceux qui n’en écoutent que le ton ; l’autre est un grand nigaud timide, non de cette aimable timidité qui vient de la crainte de déplaire, mais de l’embarras d’un sot qui ne sait que dire & du mal aise d’un libertin qui ne sent pas à sa place auprès d’une honnête fille. Sachant tres positivement les intentions de mon pere au sujet de ces deux messieurs, j’use avec plaisir de la liberté qu’il me laisse de les traiter à ma fantaisie & je ne crois pas que cette fantaisie laisse durer long-tems celle qui les amene. Je les hais d’oser attaquer un cœur où tu regnes, sans armes pour te le disputer : s’ils en avoient, je les hairois davantage encore ; mais où les prendroient-ils, eux & d’autres & tout l’univers ? Non, non, sois tranquille, mon aimable ami. Quand je retrouverois un mérite égal au tien, quand il se présenteroit

  1. J’aurois bien mauvaise opinion de ceux qui, connoissant le caractere & la situation de Julie, ne devineroient pas à l’instant que cette curiosité ne vient point d’elle. On verra bientôt que son Amant n’y a pas été trompé ; s’il l’eût été, il ne l’auroit plus aimée.