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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/391

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LETTRE XVIII. DE JULIE.

Je viens, mon bon ami, de jouir d’un des plus doux spectacles qui puissent jamais charmer mes yeux. La plus sage, la plus aimable des filles est enfin devenue la plus digne & la meilleure des femmes. L’honnête homme dont elle a comblé les vœux, plein d’estime & d’amour pour elle, ne respire que pour la chérir, l’adorer, la rendre heureuse & je goûte le charme inexprimable d’être témoin du bonheur de mon amie, c’est-à-dire de le partager. Tu n’y seras pas moins sensible, j’en suis bien sûre, toi qu’elle aima toujours si tendrement, toi qui loftsus cher presque des son enfance, & à qui tant de bienfaits l’ont dû rendre encore plus chère. Oui, tous les sentimens qu’elle éprouve se font sentir à nos cœurs comme au sien. S’ils sont des plaisirs pour elle, ils sont pour nous des consolations & tel est le prix de l’amitié qui nous joint, que la félicité d’un des trois suffit pour adoucir les maux des deux autres.

Ne nous dissimulons pas, pourtant, que cette amie incomparable va nous échapper en partie. La voilà dans un nouvel ordre de choses, la voilà sujette à de nouveaux engagemens, à de nouveaux devoirs, & son cœur qui n’étoit qu’à nous se doit maintenant à d’autres affections auxquelles il faut que l’amitié cede le premier rang. Il y a plus, mon ami ; nous devons de notre part devenir plus scrupuleux sur les témoignages