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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/367

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s’épouser ; ils jouiront de leur amour sans obstacles, sans craintes, sans remords. Adieu, adieu ; je n’en puis dire davantage.

P. S. Nous n’avons vu Milord Edouard qu’un moment, tant il étoit pressé de continuer sa route. Le cœur plein de ce que nous lui devons, je voulois lui montrer mes sentimens & les tiens ; mais j’en ai eu une espece de honte. En vérité, c’est faire injure à un homme comme lui de le remercier de rien.

LETTRE XVI. À JULIE.

Que les passions impétueuses rendent les hommes enfants ! Qu’un amour forcené se nourrit aisément de chimeres & qu’il est aisé de donner le change à des désirs extrêmes par les plus frivoles objets ! J’ai reçu ta lettre avec les mêmes transports que m’auroit causés ta présence ; ; & dans l’emportement de ma joie, un vain papier me tenoit lieu de toi. Un des plus grands maux de l’absence & le seul auquel la raison ne peut rien, c’est l’inquiétude sur l’état actuel de ce qu’on aime. Sa santé, sa vie, son repos, son amour, tout échappe à qui craint de tout perdre ; on n’est pas plus sûr du présent que de l’avenir, & tous les accidens possibles se réalisent sans cesse dans l’esprit d’un amant qui les redoute. Enfin je respire ; je vis, tu te portes bien, tu m’aimes : ou plutôt il