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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/356

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plus déplorable misere. Il n’en faut pas davantage pour comprendre ce que signifient cette apparente commisération qui semble toujours aller au-devant des besoins d’autrui & cette facile tendresse de cœur qui contracte en un moment des amitiés éternelles.

Au lieu de tous ces sentimens suspects & de cette confiance trompeuse, veux-je chercher des lumieres & de l’instruction ? C’en est ici l’aimable source & l’on est d’abord enchanté du savoir & de la raison qu’on trouve dans les entretiens, non seulement des savants & des gens de lettres, mais des hommes de tous les états & même des femmes : le tonde la conversation y est coulant, & naturel ; il n’est ni pesant, ni frivole ; il est savant sans pédanterie, gai sans tumulte, poli sans affectation, galant sans fadeur, badin sans équivoques. Ce ne sont ni des dissertations ni des épigrammes : on y raisonne sans argumenter ; on y plaisante sans jeux de mots ; on y associe avec art l’esprit & la raison, les maximes & les saillies, la satire aigue, l’adroite flatterie, & la morale austere. On y parle de tout pour que chacun ait quelque chose à dire ; on n’approfondit point les questions de peur d’ennuyer, on les propose comme en passant, on les traite avec rapidité ; la précision mene à l’élégance : chacun dit son avis & l’appuie en peu de mots ; nul n’attaque avec chaleur celui d’autrui, nul ne défend opiniâtrement le sien ; on discute pour s’éclairer, on s’arrête avant la dispute ; chacun s’instruit, chacun s’amuse, tous s’en vont contents & le sage même peut rapporter de ces entretiens des sujets dignes d’être médités en silence.