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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/338

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abaissement éternel. Je sens ranimer en moi ce feu pur & saint dont j’ai brûlé : l’exemple de tant de vertus ne sera point perdu pour celui qui en fut l’objet, qui les aime, les admire & veut les imiter sans cesse. Ô chère amante dont je dois honorer le choix ! ô mes amis dont je veux recouvrer l’estime ! mon ame se réveille & reprend dans les vôtres sa force & sa vie. Le chaste amour & l’amitié sublime me rendront le courage qu’un lâche désespoir fut prêt à m’ôter ; les purs sentimens de mon cœur me tiendront lieu de sagesse : je serai par vous tout ce que je dois être & je vous forcerai d’oublier ma chute, si je puis m’en relever un instant. Je ne sais ni ne veux savoir quel sort le Ciel me réserve ; quel qu’il puisse être, je veux me rendre digne de celui dont j’ai joui. Cette immortelle image que je porte en moi me servira d’égide & rendra mon ame invulnérable aux coups de la fortune. N’ai-je pas assez vécu pour mon bonheur ? C’est maintenant pour sa gloire que je dois vivre. Ah ! que ne puis-je étonner le monde de mes vertus, afin qu’on pût dire un jour en les admirant : Pouvoit-il moins faire ? Il fut aimé de Julie !

P.S. Des nœuds abhorrés & peut-être inévitables ! Que signifient ces mots ? Ils sont dans sa lettre. Claire, je m’attends à tout ; je suis résigné, prêt à supporter mon sort. Mais ces mots… jamais, quoi qu’il arrive, je ne partirai d’ici que je n’aie eu l’explication de ces mots-là.