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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/331

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LETTRE IX.


de Milord Edouard à Julie.


Nous l’emportons, charmante Julie ; une erreur de notre ami l’a ramené à la raison. La honte de s’être mis un moment dans son tort a dissipé toute sa fureur & l’a rendu si docile que nous en ferons désormais tout ce qu’il nous plaira. Je vois avec plaisir que la faute qu’il se reproche lui laisse plus de regret que de dépit, & je connois qu’il m’aime, en ce qu’il est humble & confus en ma présence, mais non pas embarrassé ni contraint. Il sent trop bien son injustice pour que je m’en souvienne, & des torts ainsi reconnus font plus d’honneur à celui qui les répare qu’à celui qui les pardonne.

J’ai profité de cette révolution & de l’effet qu’elle a produit pour prendre avec lui quelques arrangemens nécessaires, avant de nous séparer ; car je ne puis différer mon départ plus long-tems. Comme je compte revenir l’été prochain, nous sommes convenus qu’il iroit m’attendre à Paris, & qu’ensuite nous irions ensemble en Angleterre. Londres est le seul théâtre digne des grands talens, & où leur carriere est le plus étendue [1]. Les siens sont supérieurs à bien des

  1. C’est avoir une étrange prévention pour son pays ; car je n’entends pas dire qu’il y en ait au monde où, généralement parlant, les étrangers soient moins bien reçus & trouvent plus d’obstacles à s’avancer qu’en Angleterre. Par le goût de la nation ils n’y sont favorisés en rien ; par la forme du gouvernement ils n’y sauroient parvenir à rien. Mais convenons aussi que l’Anglois ne va gueres demander aux autres l’hospitalité