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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/323

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sagesse. Ah ! Milord ! s’il devient entre vos mains tout ce qu’il peut être, que vous serez fier un jour de votre ouvrage !

LETTRE VII. DE JULIE.

Et toi aussi, mon doux ami ! & toi l’unique espoir de mon cœur, tu viens le percer encore quand il se meurt de tristesse ! J’étois préparée aux coups de la fortune, de longs pressentimens me les avoient annoncés ; je les aurois supportés avec patience : mais toi pour qui je les souffre ! ah ! ceux qui me viennent de toi me sont seuls insupportables & il m’est affreux de voir aggraver mes peines par celui qui devoit me les rendre cheres. Que de douces consolations je m’étois promises qui s’évanouissent avec ton courage ! Combien de fois je me flattai que ta force animeroit ma langueur, que ton mérite effaceroit ma faute, que tes vertus releveroient mon ame abattue ! Combien de fois j’essuyoi mes larmes ameres en me disant : Je souffre pour lui, mais il en est digne : je suis coupable, mais il est vertueux ; mille ennuis m’assiegent, mais sa constance me soutient & je trouve au fond de son cœur le dédommagement de toutes mes pertes ! Vain espoir que la premiere épreuve a détruit ! Où est maintenant cet amour sublime qui sait élever tous les sentimens & faire éclater la vertu ? Où sont ces fieres maximes ? Qu’est devenue cette imitation des grands hommes ? Où est