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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/315

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attachement ce qu’il croit ne faire que par honnêteté.

Voilà ce qui doit arriver à toutes les âmes d’une certaine trempe ; elles transforment, pour ainsi dire, les autres en elles-mêmes ; elles ont une sphere d’activité dans laquelle rien ne leur résiste : on ne peut les connoître sans les vouloir imiter & de leur sublime élévation elles attirent à elles tout ce qui les environne. C’est pour cela, ma chère, que ni toi ni ton ami ne connaîtrez peut-être jamais les hommes ; car vous les verrez bien plus comme vous les ferez, que comme ils seront d’eux-mêmes. Vous donnerez le ton à tous ceux qui vivront avec vous ; ils vous fuiront ou vous deviendront semblables & tout ce que vous aurez vu n’aura peut-être rien de pareil dans le reste du monde.

Venons maintenant à moi, cousine, à moi qu’un même sang, un même âge & surtout une parfaite conformité de goûts & d’humeurs, avec des tempéramens contraires, unit à toi des l’enfance :

Congiunti eran gl’albergbi,
Ma più congiunti i cori ;
Conforme era l’etate,
Ma ’l pensier più cnnforme. [1]

Que penses-tu qu’ait produit sur celle qui a passé sa vie avec toi cette charmante influence qui se fait sentir à tout ce qui t’approche ? Crois-tu qu’il puisse ne régner entre nous qu’une union commune ? Mes yeux ne te rendent-ils pas

  1. Nos ames étoient jointes ainsi que nos demeures, & nous avions la même conformité de goûts que d’âges. TASS. AMIN.