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Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/310

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dans toutes les occasions embarrassantes, je discernois d’abord le parti le plus honnête & le prenois à l’instant. Maintenant, avilie & toujours vaincue, je ne fais que flotter entre des passions contraires : mon foible cœur n’a plus que le choix de ses fautes ; & tel est mon déplorable aveuglement, que si je viens par hasard à prendre le meilleur parti, la vertu ne m’aura point guidée & je n’en aurai pas moins de remords. Tu sais quel époux mon pere me destine ; tu sais quels liens l’amour m’a donnés. Veux-je être vertueuse, l’obéissance & la foi m’imposent des devoirs opposés. Veux-je suivre le penchant de mon cœur, qui préférer d’un amant ou d’un pere ? Hélas ! en écoutant l’amour ou la nature, je ne puis éviter de mettre l’un ou l’autre au désespoir ; en me sacrifiant au devoir, je ne puis éviter de commettre un crime ; & quelque parti que je prenne, il faut que je meure à la fois malheureuse & coupable.

Ah ! chère & tendre amie, toi qui fus toujours mon unique ressource & qui m’as tant de fois sauvée de la mort & du désespoir, considere aujourd’hui l’horrible état de mon ame & vois si jamais tes secourables soins me furent plus nécessaires. Tu sais si tes avis sont écoutés ; tu sais si tes conseils sont suivis ; tu viens de voir, au prix du bonheur de ma vie, si je sais déférer aux leçons de l’amitié. Prends donc pitié de l’accablement où tu m’as réduite : acheve, puisque tu as commencé ; supplée à mon courage abattu ; pense pour celle qui ne pense plus que par toi. Enfin, tu lis dans ce cœur qui t’aime : tu le connois mieux que moi. Apprends-moi donc ce que je veux & choisis à ma place, quand